Camille Doncieux, Victorine Meurent, Jeanne Hébuterne, Lisa Gherardini… Derrière les visages célèbres de la peinture se trouvent des modèles professionnels, des artistes, des proches et des commanditaires. Qui sont-ils, quel lien les unit au peintre et que sait-on vraiment de leur identité ? Cette sélection suit les personnes et réunit, lorsqu’il y a lieu, plusieurs œuvres les représentant.
Modèle et muse : quelle différence ?
Un modèle est une personne qui pose pour un artiste ou dont l’apparence sert à construire une figure. Le mot « muse » désigne une source d’inspiration ; il exprime une relation interprétée par l’artiste, ses proches ou les historiens. Les deux rôles peuvent se rejoindre, mais ils ne sont pas équivalents.
Un portrait ne prouve pas une liaison amoureuse. Un modèle peut être une épouse, un ami, un enfant, un confrère ou un commanditaire. Dans les notices suivantes, le rôle de chacun est précisé et les identifications supposées sont regroupées à part. Les références permettent de consulter les notices des musées et, pour certains cas, une correspondance ou une notice de provenance.
24 histoires de modèles et muses, 27 œuvres à découvrir
Modèles et artistes
1. Camille Doncieux — un modèle essentiel de Monet
Compagne, épouse et modèle
Camille Doncieux est la compagne, puis l’épouse de Claude Monet. Dans Femmes au jardin, elle pose pour les trois personnages féminins de gauche : plusieurs figures peintes peuvent donc correspondre à une seule personne. Renoir la représente également dans Portrait de Madame Claude Monet. Ces œuvres réunies montrent sa place dans l’entourage impressionniste et la diversité des images construites à partir d’un même modèle.
Lieux de conservation : Femmes au jardin : Musée d’Orsay, Paris, France.
Portrait de Madame Claude Monet : Musée Marmottan Monet, Paris, France.
Musée d’Orsay — Femmes au jardin
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2. Victorine Meurent et Laure — les deux modèles d’Olympia
Modèles de Manet ; Victorine est aussi peintre
Victorine Meurent prête ses traits à la figure principale d’Olympia et à la femme nue du Déjeuner sur l’herbe. Elle mène aussi une activité de peintre : son rôle ne se limite pas à la pose. Dans Olympia, la femme qui apporte le bouquet est Laure. La nommer permet de distinguer les deux modèles et de rappeler que leur visibilité dans l’histoire de l’art a été très inégale.
Lieux de conservation : Olympia : Musée d’Orsay, Paris, France.
Le Déjeuner sur l’herbe : Musée d’Orsay, Paris, France.
Pallant House Gallery — Laure et Victorine
3. Suzanne Valadon — du modèle à l’artiste
Modèle et peintre
Suzanne Valadon pose notamment pour Renoir, Puvis de Chavannes et Toulouse-Lautrec. Au contact des artistes, elle observe leur travail et développe sa propre pratique du dessin et de la peinture. Son portrait par Toulouse-Lautrec appartient à cette histoire d’échanges. La présenter seulement comme une muse effacerait l’essentiel de son parcours : elle devient elle-même une artiste reconnue.
Lieu de conservation : Museo Nacional de Bellas Artes, Buenos Aires, Argentine.
Museo Nacional de Bellas Artes — Suzanne Valadon
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4. Joanna Hiffernan — une collaboratrice de Whistler
Modèle et proche du peintre
Joanna Hiffernan entretient avec James McNeill Whistler une relation personnelle et professionnelle durable. Elle est le modèle de Symphonie en blanc n° 1 : la jeune fille en blanc, ainsi que d’autres œuvres de la série. Son identité permet de regarder autrement cette figure souvent résumée à sa robe : derrière l’harmonie des blancs se trouve une personne engagée dans le travail du peintre.
Lieu de conservation : National Gallery of Art, Washington, États-Unis.
National Gallery of Art — Joanna Hiffernan et Whistler
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Proches et rencontres
5. Jeanne Hébuterne — artiste et modèle de Modigliani
Artiste, compagne et modèle
Jeanne Hébuterne est une jeune artiste lorsqu’elle rencontre Amedeo Modigliani en 1917. Elle devient sa compagne et pose pour de nombreux portraits. Les visages allongés et les attitudes silencieuses de ces tableaux appartiennent au langage du peintre ; ils ne doivent pas faire oublier la personne ni sa propre pratique artistique. Le portrait présenté témoigne de cette relation suivie entre deux créateurs.
Lieu de conservation : Norton Simon Museum, Pasadena, États-Unis.
Norton Simon Museum — Jeanne Hébuterne
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6. Amélie Matisse — le visage de la Femme au chapeau
Épouse et modèle
Amélie Matisse est le modèle de la Femme au chapeau, peinte par son mari en 1905. Les couleurs vives du visage et du vêtement rompent avec l’idée d’un portrait fondé sur la seule ressemblance naturaliste. Le tableau montre comment une personne de l’entourage immédiat peut devenir centrale dans une recherche picturale. L’identité d’Amélie est établie ; la liberté des couleurs relève du choix de l’artiste.
Lieu de conservation : San Francisco Museum of Modern Art, San Francisco, États-Unis.
7. Fanny Claus — une musicienne dans l’atelier de Manet
Violoniste et amie de la famille
Fanny Claus est une violoniste et une amie proche de Suzanne Leenhoff, l’épouse de Manet. Elle pose pour les recherches qui conduisent au Balcon. Le Portrait de Mademoiselle Claus conserve une étape de ce travail. Son cas rappelle qu’un modèle peut appartenir au cercle professionnel et amical de l’artiste, sans que le portrait implique une relation amoureuse.
Lieu de conservation : Ashmolean Museum, Oxford, Royaume-Uni.
Ashmolean Museum — Portrait de Mademoiselle Claus
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8. Suzanne Leenhoff — pianiste et épouse de Manet
Musicienne, épouse et modèle
Suzanne Leenhoff, devenue Madame Manet, est une pianiste accomplie. La musique occupe une place importante dans la vie familiale du peintre et dans les rencontres organisées chez eux. Son portrait appartient à cet univers intime. Donner son nom et rappeler son activité permet de dépasser le simple intitulé « Madame Manet » et de reconnaître une personne dont l’existence ne se résume pas à son lien conjugal.
Lieu de conservation : Norton Simon Museum, Pasadena, États-Unis.
9. Adeline Ravoux — un visage du séjour à Auvers
Fille des aubergistes de Van Gogh
Adeline Ravoux est la fille des aubergistes chez lesquels Vincent van Gogh séjourne à Auvers-sur-Oise en 1890. L’artiste réalise plusieurs portraits d’elle. Son identité rattache ces images à un lieu et à des rencontres concrètes des derniers mois de sa vie. Les différentes versions doivent être distinguées : représenter une même personne n’implique pas de copier une composition unique.
Lieu de conservation : Collection privée ; localisation actuelle non publique.
Cleveland Museum of Art — une autre version du portrait d’Adeline Ravoux
10. Patience Escalier — un modèle provençal de Van Gogh
Modèle rencontré en Provence
Patience Escalier est le modèle que Van Gogh représente sous la figure du paysan provençal en 1888. Les lettres du peintre documentent son travail autour de ce portrait. Le visage et les couleurs deviennent le point de départ d’une recherche expressive. Ce cas appartient pleinement à l’histoire des modèles : une personne identifiable, rencontrée par l’artiste, participe à la création d’une œuvre.
Lieu de conservation : Collection privée ; localisation actuelle non publique.
Correspondance de Van Gogh — lettre à Émile Bernard
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Personnalités et commanditaires
11. Virginie Gautreau — la personne derrière Madame X
Modèle d’un portrait de société
Madame X est Virginie Amélie Avegno Gautreau, née en Louisiane et installée à Paris. Sargent lui propose ce portrait sans commande préalable, espérant se faire connaître davantage. Son exposition au Salon de 1884 provoque une polémique. Le tableau distingue ainsi deux histoires : celle de la femme qui pose et celle de l’image publique que le peintre construit à partir d’elle.
Lieu de conservation : Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis.
12. Adèle Bloch-Bauer — le modèle du portrait doré de Klimt
Modèle d’un portrait viennois
Adèle Bloch-Bauer est la femme représentée dans le célèbre portrait achevé par Gustav Klimt en 1907. Le traitement d’or et de motifs décoratifs ne fait pas disparaître son identité : il transforme un portrait individuel en image emblématique de l’art viennois. La notice de la Neue Galerie permet de relier le nom du modèle à l’œuvre, aujourd’hui souvent appelée la « Femme en or ».
Lieu de conservation : Neue Galerie, New York, États-Unis.
Neue Galerie — Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I
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13. Gertrud Loew — la fille du commanditaire
Modèle d’un portrait commandé par son père
Gertrud Loew a dix-neuf ans lorsque Klimt la peint en 1902. Le commanditaire est son père, le médecin viennois Anton Loew. Elle épouse ensuite Hans Eisler von Terramare, puis Elemér Baruch von Felsőványi. Le visuel présenté ici est un détail du portrait en pied. Distinguer le modèle de la personne qui commande l’œuvre évite de confondre leurs liens familiaux.
Lieu de conservation : Collection privée ; localisation actuelle non publique.
Sotheby’s — Portrait de Gertrud Loew, vente de juin 2026
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14. Agnolo et Maddalena Doni — deux portraits, une commande
Époux portraiturés ; Agnolo est commanditaire
Agnolo Doni, marchand florentin, et Maddalena Strozzi se marient le 31 janvier 1504. Raphaël réalise leurs portraits en pendant : les deux tableaux se répondent et affirment leur statut social. Agnolo commande également une Sainte Famille à Michel-Ange, le Tondo Doni, mais cette commande ne signifie pas que le couple ait servi de modèle aux personnages religieux. Ici, leurs deux portraits documentent directement leur identité.
Lieux de conservation : Portrait de Maddalena Doni : Galerie des Offices, Florence, Italie.
Portrait d'Agnolo Doni : Galerie des Offices, Florence, Italie.
Galeries des Offices — les portraits des Doni
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15. Marie-Anne et Antoine Lavoisier — un couple représenté au travail
Deux modèles d’un portrait de David
Le double portrait peint par Jacques-Louis David en 1788 représente Antoine Lavoisier et Marie-Anne Pierrette Paulze, son épouse. Les instruments et les objets participent à la présentation publique du couple. Les recherches du Metropolitan Museum ont montré que la composition avait été remaniée. La présence des deux personnes invite à lire le tableau comme une construction commune de leur image, et pas seulement comme le portrait d’un savant accompagné d’une figure décorative.
Lieu de conservation : Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis.
The Met — étude du portrait des Lavoisier
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16. Ginevra de’ Benci — une Florentine peinte par Léonard
Modèle identifié d’un portrait de la Renaissance
Ginevra de’ Benci appartient à la société florentine de la Renaissance. Léonard de Vinci la représente devant un genévrier, dont le nom italien, ginepro, évoque son prénom. Cette correspondance relie l’identité du modèle à la composition. Le portrait ne prouve aucune liaison avec le peintre : une personne représentée peut être le sujet d’une commande sociale ou familiale plutôt qu’une muse amoureuse.
Lieu de conservation : National Gallery of Art, Washington, États-Unis.
National Gallery of Art — Ginevra de’ Benci
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17. Lisa Gherardini — le modèle de La Joconde
Modèle identifié par le Louvre
Le Louvre présente La Joconde comme le portrait de Lisa Gherardini, épouse du marchand florentin Francesco del Giocondo. Son nom permet de retrouver une personne derrière une image devenue universelle. La célébrité du sourire a nourri de nombreuses interprétations ; elle ne doit pas effacer l’identification retenue par le musée. Lisa est ici le modèle du portrait, sans qu’il soit nécessaire de lui attribuer une relation sentimentale avec Léonard.
Lieu de conservation : Musée du Louvre, Paris, France.
18. Juliette Récamier — une personnalité de la société parisienne
Modèle d’un portrait de David
Juliette Récamier est la femme représentée dans le portrait de Jacques-Louis David conservé au Louvre. L’œuvre, datée de 1800 et demeurée inachevée, associe son identité à une pose et à un mobilier inspirés de l’Antiquité. Ce portrait de société rappelle qu’une personne peut devenir un sujet majeur de la peinture par sa présence publique, indépendamment du rôle de muse que la postérité pourrait lui prêter.
Lieu de conservation : Musée du Louvre, Paris, France.
19. Ambroise Vollard — le marchand devenu modèle
Marchand d’art et modèle de Cézanne
Ambroise Vollard joue un rôle important dans la diffusion de l’œuvre de Cézanne. En 1899, il devient aussi son modèle pour un portrait exigeant de longues séances de pose. Selon le récit de Vollard rapporté par Paris Musées, il en aurait fallu 115. Ce témoignage éclaire la relation concrète entre artiste et modèle : une collaboration faite de temps, d’immobilité et de confiance.
Lieu de conservation : Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Paris, France.
Paris Musées — Portrait d’Ambroise Vollard
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20. Baldassare Castiglione — un écrivain face à Raphaël
Écrivain, diplomate et modèle
Baldassare Castiglione, écrivain et diplomate, est le modèle du portrait de Raphaël conservé au Louvre. Le costume sobre, le regard et la pose composent une image de présence intellectuelle. Son cas élargit utilement l’histoire des modèles aux hommes de lettres et aux relations de cour. Il s’agit d’une personne identifiée, et non d’une figure idéale dont le nom aurait été inventé après coup.
Lieu de conservation : Musée du Louvre, Paris, France.
Musée du Louvre — Baldassare Castiglione
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21. L’infante Marguerite et son entourage — les figures des Ménines
Personnes de la cour identifiées
Dans Les Ménines, Velázquez place l’infante Marguerite au centre d’un groupe de la cour espagnole. Le Prado identifie notamment les demoiselles d’honneur María Agustina Sarmiento et Isabel de Velasco qui l’accompagnent. L’œuvre reste ici pour ces personnes reconnaissables, plutôt que pour l’autoportrait du peintre également présent. Elle montre qu’un tableau peut réunir plusieurs modèles et plusieurs statuts sociaux.
Lieu de conservation : Museo Nacional del Prado, Madrid, Espagne.
Identités incertaines
Ces trois exemples ne sont pas des modèles identifiés avec certitude. Ils permettent de distinguer une figure anonyme, une tradition biographique et une attribution d’identité proposée par un musée.
22. La Jeune Fille à la perle — une identité inconnue
Figure non identifiée ; tronie
Le Mauritshuis décrit cette œuvre de Vermeer comme une tronie : une étude de figure et d’expression, plutôt qu’un portrait destiné à identifier une personne précise. Le nom de la jeune femme n’est pas connu. Les récits qui en font une servante ou une proche du peintre ne constituent pas une identification historique établie. Ce cas montre pourquoi une figure célèbre n’est pas nécessairement une muse identifiable.
Lieu de conservation : Mauritshuis, La Haye, Pays-Bas.
23. La Fornarina — Margherita Luti selon la tradition
Identification traditionnelle
La tradition reconnaît dans La Fornarina de Raphaël Margherita Luti, fille d’un boulanger et supposée amante du peintre. La présentation officielle italienne reprend cette identification comme traditionnelle. Le nom doit donc être accompagné de cette réserve. L’intérêt de l’œuvre pour l’histoire des muses tient précisément à la rencontre entre un portrait, une tradition biographique et une légende amoureuse.
Lieu de conservation : Palazzo Barberini, Gallerie Nazionali d’Arte Antica, Rome, Italie.
24. Maria Trip — une identification probable
Identification proposée par le Rijksmuseum
Le Rijksmuseum présente cette jeune femme peinte par Rembrandt comme étant probablement Maria Trip. La dentelle, les perles et les bijoux affichent une grande aisance matérielle ; l’identité précise reste formulée avec prudence par le musée. Le portrait a donc sa place parmi les cas discutés, et non parmi les modèles dont le nom est certain.
Lieu de conservation : Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas.
Rijksmuseum — probablement Maria Trip
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Regarder les œuvres à travers leurs modèles
Connaître un nom change la lecture d’un portrait. Cela permet de reconnaître le travail d’un modèle, l’activité propre d’une artiste, une relation familiale ou le rôle d’un commanditaire. Lorsque le nom demeure incertain, le signaler fait aussi partie de l’histoire de l’œuvre. Les liens sous les images conduisent aux reproductions du catalogue ; les références sous les notices conduisent aux sources documentaires.
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